ÊTRE & AVOIR – action de réinsertion sociale humaine, et donc artistique (2015)

Deuxième semaine, du 2 au 6 février 2015 (58)Action ÊTRE & AVOIR, prévôté de St Aignan, février 2015

« Nous sommes perdus.
Admettons-le, nous estimons que nous sommes perdus. Errant dans une terrifiante forêt de symboles, nous sommes perdus et nous cherchons à être orientés. Nous n’y arriverons pas par nous-mêmes. Nous avons besoin d’aide. Nous avons besoin de quelqu’un qui nous dise ce qu’on doit faire maintenant. »

Pacôme Thiellement, in Perdus, Etrangers, Mal aimés, Solitaires.

C’est déjà la quatrième fois.
Quatre fois en moins de neuf ans que le Conseil Général de Loir et Cher et l’UPAS travaillent avec les artistes de  La Carcasse ! Bactérie Théâtrale autour d’une action concrète à destination des exclus, des chômeurs, des inactifs, des parias, des gens qui s’estiment, à tort ou raison, perdus. Les gens qui (se) cherchent. Qui tardent à (se) trouver.

Ne nous leurrons pas : nous avons compté, compterons à l’occasion peut-être encore, parmi eux. A divers stades de notre existence, sur plusieurs niveaux de conscience et quels que soient les domaines que nous aborderons, nous serons amenés à faire le choix d’agir, et courir le risque de nous tromper. L’échec n’est qu’une étape sur le chemin de la réussite et de l’accomplissement. Mais encore faut-il en être convaincu soi-même pour s’autoriser à emprunter cette route.

Et c’est là ce qui fonde notre humanité, ce trait essentiel et commun à tous : cette peur de la faillite, cette tentation de l’immobilisme que ne connaît pas l’animal, lui qui n’abandonne jamais et ne se résout à aucune fatalité. C’est ce qui fait que les artistes de la scène, eux qu’on appelle intermittents – comme si leur vie n’était composée que de pointillés, s’arrêtant ou se cachant entre parenthèses dans l’intervalle qui sépare deux périodes d’indemnisation – c’est ce qui fait d’eux, disions-nous, des hommes et des femmes à même de pleinement ressentir et comprendre, jusque dans leur quotidien, les notions d’incertitude, de précarité, de danger, de survie au jour le jour et de projection à très court terme. Nous devons faire face à la récession, lutter contre les résignations, et nous façonner une destinée enviable, constellée d’objectifs envisageables et stimulants. Nous devons reprendre notre avenir en mains. Ce n’est plus dans notre instinct, nous avons perdu ce programme biologique, et n’avons d’autre choix que d’oser, tester, avancer contre l’adversité, réelle ou fantasmée. A ce titre, nous sommes exactement à l’image des gens auxquels s’adressent les stages de re-mobilisation et de réinsertion sociale que le Conseil Général nous demande de proposer aux bénéficiaires des dispositifs du RSA du département. Si nous avons une prétention, une seule, c’est celle-ci : de savoir de quoi nous parlons quand nous nous adressons à celles et ceux qui viennent nous rejoindre dans ces aventures placées sous le soleil de l’audace et de l’action. C’est du vécu.

chaussuresRomorantin-Lanthenay, avril 2015.

Pour les autres, je suis ce que je fais.
Dans cette perspective, agir nous construit. C’est sur cette base que les membres de La Carcasse ! souhaitent travailler pour un projet original, ÊTRE & AVOIR. Comme son nom le laisse aisément deviner, ce nouveau stage sera pour nous l’opportunité de mettre en balance dans le cœur et le regard des participants la question de l’identité face à celle de la propriété ; interroger et équilibrer les notions de possession, de matérialisme, et celles d’harmonie personnelle, d’individualité comme de vie en société… d’humanité. Qu’est-ce qu’une vie réussie ? De quoi sommes-nous le plus riches ? Passant comme toujours par le biais des multiplicités de disciplines artistiques à leur portée (théâtre, cirque, marionnettes, masques, musique…) rendues rassurantes et accessibles via une pléiade de jeux, dialogues, mises en situation déclinés au gré des humeurs et idées, Gwendale Rizat, Laurène Guion, Christopher Thiery et Aurélien Lemant pointent une direction tangible, aux objectifs on ne peut plus concrets :

Dès la journée de rencontre et sélection, chaque stagiaire sera amené à formuler une résolution personnelle, faite de buts précis, à atteindre et sublimer à l’issue de l’action. Ce dessein individuel sera consigné à l’écrit par La Carcasse ! et deviendra le contrat moral auquel s’engagera chaque bénéficiaire.

Initiant une nouvelle démarche pour 2014-2015, les artistes proposent également d’intégrer les stagiaires à l’une de leurs journées de préparation (fin 2014), en plus de la rencontre/sélection, afin de les associer dès le départ à la vision globale de ÊTRE & AVOIR et de leur insuffler une énergie commune, constituante de la troupe à venir (en place, quant à elle, début 2015).

Cette sensibilisation préparera le terrain pour les trois semaines effectives de travail ensemble.

Au sortir de cette colonne vertébrale de douze journées ludiques et intenses, seront organisés huit jours de suivi post-action, répartis sur quatre mois, axés sur la mobilité. La capacité à se projeter et se déplacer activement le long de cet axe fournira à la colonne vertébrale évoquée les bras et jambes dont elle a besoin pour avancer : Planifier une démarche / Concevoir un itinéraire / Respecter un plan et un horaire / Accomplir la démarche / Aller plus loin que prévu. Quatre cibles seront déterminées en amont pour chaque stagiaire : un objectif immédiat (sur la journée) ; un objectif à court-terme (sur le trimestre) ; un autre à moyen-terme (sur l’année) ; enfin un objectif à long-terme (sur une vie entière).

A compter de cette mobilité restaurée, les stagiaires seront mis en face de la réalisation potentielle de leur contrat moral envers eux-mêmes. Resocialisés, re-dynamisés, re-motivés, ils devront suivre la route qu’ils se seront assignée chacun pour soi. Ils devront pouvoir tenir le gouvernail. Ils seront en mesure de lire une boussole et garder le cap. Ils se seront décrété une direction.

Une Orientation.

Aurélien Lemant
pour La Carcasse ! Bactérie Théâtrale, le 14 avril 2014.

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