Au Pays d’Alice : Billion Dollar Carcasse Hotel

the wallA l’écart de leurs travaux strictement théâtraux, Chris Thiery et Aurélien Lemant, de La Carcasse !, œuvrent chacun à des projets rock’n’roll. Quand le premier crée la scénographie d’un groupe pop, son compère devient le parolier d’un crooner de jazz ; quand l’un met en scène la tournée nationale d’un chanteur, l’autre enregistre un disque électro avec des Canadiens et publie de lourds pavés sur le heavy metal.

chrisminosEn attendant leur projet lié à Alice Cooper, l’homme-orchestre qui a marqué leur vie comme leur parcours, et sans lequel leur compagnie ne serait pas la même, vous pourrez lire ci-dessous un bref survol de la planète rock à bord de La Carcasse ! Bactérie Théâtrale. Shake ! shake ! shake !

aliceBienvenue à Dragonville : une histoire des liens entre La Carcasse ! et le rock’n’roll, et de leurs nœuds si serrés.

Quand Aurélien Lemant & Chris Thiery décidèrent de monter à deux une compagnie théâtrale, cela faisait cinq ans déjà qu’ils travaillaient de concert – d’abord aux conservatoires du Centre et du Onzième arrondissement de la capitale, où ils firent leurs classes ensemble, ensuite au sein de diverses structures parisiennes qui les virent partager leur goût pour la scène, la régie et le texte, autour de Bond, Koltès, ou encore Cendrars. Ce que l’on sait moins, c’est que les deux hommes, habitant à moins de dix minutes à pied l’un de l’autre à l’orée de l’an 2000, se réunissaient fréquemment Porte Maillot ou Champerret, afin d’écouter des disques en silence. Quand Chris Thiery fit découvrir à Aurélien Lemant La Naissance de la Tragédie du grand Nietzsche, dans un exemplaire de poche qui dépassait, savamment corné, de son blouson de cuir, Lemant, de son côté assis en tailleur sur un revêtement en sisal alors tellement à la mode en cette fin de siècle, lui laissa en retour percevoir les multiples potentialités d’une guitare basse, entre son propre instrument branché sur la chaîne stéréo, puis l’écoute comparative de The Alan Parsons Project (Sirius et ses deux notes à l’impeccabilité papale, pincées par David Paton en double-croches), une stupide démonstration de force de Marcus Miller (n’importe laquelle, toutes se valent par leur bêtise bravache) et la folie technique de John Norwood Fisher sur Bonin’ in the Boneyard de Fishbone. Le groove, voilà la vraie virtuosité.

aurelminosL’idée d’un théâtre qui soit tragique et groovy tout à la fois, porté par une obscurité de fond, grosse et tanguante comme un bal de fantômes, un paquebot rouillé ou une contrebasse emplie d’eau, présiderait quelques années plus tard à la fondation de La Carcasse ! Bactérie Théâtrale.

On s’échangea ce soir-là le livre de Nietzsche contre les albums précités, avant de partir apprendre, chacun dans son coin, une autre partition, celle du Ajax de Sophocle – l’histoire d’un guerrier fou qui confond hommes et bêtes, décimant un troupeau de brebis alors qu’il croit triompher de ses glorieux ennemis à la force de son épée, noire histoire de masques, environ dix-neuf siècles avant qu’on ne prenne Arlequin pour un singe. Ou l’inverse.

Les rockers eux aussi aiment poser au gladiateur. Ils immolent des bestiaux dont ils endossent le cuir avant d’affronter le public, tels des comédiens dell’arte et leur seconde peau, greffée sur le visage. Chez nous comme chez Batman, quand on porte des masques c’est pour faire peur.

Or le rock’n’roll comme un masque vivant, c’est l’esthétique meurtrière d’un personnage qui a tout entier influencé notre compagnie et ses créations spectaculaires : Alice Cooper.
On était déjà passé par Pink Floyd ou David Bowie, Morricone et Tchaïkovski, Queen aussi bien que Serge Gainsbourg. Mais quand Aurélien fit entendre l’album Billion Dollar Babies à Chris, ce fut comme de changer le cerveau à l’intérieur du Frankenstein patiemment cousu ensemble jusqu’alors, ou de presser le bouton reset d’un vieil ordinateur domestique après s’être par accident connecté au réseau de la Maison Blanche à l’époque où elle était tenue par le Joker.

Alice, qu’Aurélien écoutait depuis le lycée (hiver 1992) entre émerveillement et dégoût, allait tellement passionner Chris une quinzaine d’années plus tard que ce dernier allait ériger le clown sorcière en figure tutélaire, taillée tel un totem en sirène à l’avant du vaisseau spécial.

Depuis lors, et parce qu’un drame pose toujours deux questions : Où ? et Qui ?, chaque nouvelle création théâtrale des deux garçons, en troupe ou en solo, est une lettre ouverte à Cooper, une carte postale envoyée depuis les lieux de perdition que le chanteur a spottés sur l’atlas du mal : Disgraceland, Dragonville, le Ministère de la Jeunesse, la maison de feu, les champs du Regret, aux Enfers, sur Mars, perdus en Amérique ou quelque part dans la jungle … comme pour se prouver qu’on est passé par là, nous aussi. Et qu’on s’en rapporte mutuellement des preuves, même minces.

MinosEn 2009, à Saint Aignan sur Cher, avec leur événement Vernissage/Équarrissage 5 : Rock’n’Roll Collision, série de répétitions publiques assorties d’une conférence interactive à la guitare baptisée Vers un théâtre électrique, Chris Thiery et Aurélien Lemant proposaient une certaine idée de la scène, autour d’Elvis Presley et Carlo Goldoni. Alice Cooper est de la partie, entre masques et guitares.

Au printemps 2013, peu après la sortie de son bottin de 700 pages dédié au Blue Öyster Cult, autre mastodonte hard rock, Aurélien propose à Chris la rédaction à deux d’un livre en forme de compte-rendu de voyage chez Alice. Chris s’emballe, parle d’un monstre protéiforme, d’un long télégramme, une déclaration d’amour comme une déclaration de guerre, le pendant des spectacles théâtro-circassiens réalisés ensemble. Séduites par le projet, les éditions Camion Blanc, qui ont déjà publié le livre de l’ami Eric Tessier, attendent le manuscrit.

2015 est de nouveau année mélodique, puisque les deux artistes multiplient les collaborations avec des formations musicales qui font appel à leurs énergies poétiques :

Ainsi, Chris mettra en scène et éclairera le nouveau tour de chant de Gédéon Picot et les concerts des rockers de Balmers Machine, tandis qu’Aurélien travaillera à la création du spectacle du jazzman Greg Reynaert, conjointement à l’écriture des textes du deuxième album solo du chanteur saxophoniste. Le groupe de shoegaze bordelais Broke Helado, emmené entre autres par l’écrivain de science-fiction Laurent Queyssi, met également en musique des paroles inédites d’Aurélien.

Gédéon Picot(Gédéon Picot, avec le violoniste Axou la Tourmente)

La suite bientôt, hier, tout à l’heure, tout de suite, all right now.

 

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